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Les Paysages culturels viticoles : une quête d’excellence - Présentation Mme Michèle Prats - Session Plenière Chouilly- 17 AVRIL 2015


	
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La présentation Powerpoint et le texte d'accompagnement sont téléchargeables en bas de cet article

Les Paysages culturels viticoles : une quête d’excellence

 

La prise en compte du paysage dans les politiques publiques s’est développée en Europe depuis de nombreuses années, notamment à partir du XIXème siècle, sous l’impulsion des écrivains, des peintres pré-impressionnistes et impressionnistes, du tourisme naissant (touring club) et des randonneurs (club Alpin). Chaque pays a développé un corpus législatif et réglementaire plus ou moins contraignant visant à protéger les paysages urbains, ruraux ou naturels et à en maîtriser l’évolution.

En France, de nombreux textes, depuis Mérimée, ont réglementé les monuments historiques et leurs abords, les ensembles urbains et, dès 1906, puis en 1930, les sites et les paysages, complétées ensuite, à partir de 1960, par de nombreux textes et types de protection concernant plus particulièrement les espaces naturels. (Lois sur la nature, Parcs nationaux, Parcs naturels Régionaux, espaces littoraux ou de montagne, Espaces naturels sensibles des départements, loi sur les paysages de 1993).

Au niveau international, en 1964, des architectes et des techniciens des monuments historiques réunis à Venise en réaction contre la politique de « tabula rasa » préconisée par les tenants du mouvement moderne (Le Corbusier et les signataires de la Charte d’Athènes) ont adopté la Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites, dite charte de Venise  créant dans la foulée l’ICOMOS, le Conseil International des Monuments et des Sites, organisme de spécialistes pluridisciplinaires du patrimoine,  dont le siège est à Paris, ayant pour objectif de préserver le patrimoine architectural et paysager à travers le monde, en s’appuyant sur des Comités nationaux, aujourd’hui au nombre de 110.  

 Le texte novateur de la Charte de Venise traitait non seulement de la préservation des monuments, mais également de la nécessité de préserver les ensembles urbains et les paysages ruraux, mettant en avant la notion de patrimoine commun de l’humanité.

Puis, face aux périls menaçant des monuments majeurs, tels que les sites d’Abou Simbel ou la lagune de Venise, en 1972, ces mêmes signataires, réunis au sein de l’ICOMOS et s’étant rapprochés de l’UICN, parvinrent à mobiliser les états, au sein de l’UNESCO, pour aboutir à l’élaboration de la convention du Patrimoine mondial, en vue de préserver les richesses naturelles et culturelles de l’humanité.

L’UICN et l’ICOMOS sont devenus, tout naturellement, les organismes chargés d’accompagner et de conseiller le Centre du Patrimoine mondial dans l’application de cette convention, qui a connu un énorme succès.

Ce sont les États qui présentent les propositions d’inscription sur la liste du Patrimoine mondial et qui sont responsables devant la communauté internationale de la bonne gestion des biens inscrits. Pendant les premières années de la convention, ce sont eux qui choisissaient les biens susceptibles d’être inscrits ; néanmoins il est vite apparu qu’il était indispensable d’une part, d’impliquer, dès le projet d’inscription tous les acteurs concernés, en associant bien évidemment les collectivités territoriales, mais aussi les acteurs économiques et les habitants, qui sont, in fine, les véritables gestionnaires de ces biens, et d’autre part de proposer une structure dédiée et un plan de gestion. Avec le succès de la convention, ce sont aujourd’hui les collectivités territoriales qui portent la plupart des dossiers d’inscription, mais il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus...  

D’abord consacrée aux grands monuments iconiques ou aux grands parcs naturels, on a rapidement assisté, avec l’adhésion de pays aux cultures variées, à une diversification du champ du patrimoine mondial, allant du monument isolé, aux ensembles urbains, aux itinéraires culturels et à des sites de plus en plus complexes. En 1993, à la suite d’un séminaire international à la Chaud de Fonds (dans le Jura), le Comité du Patrimoine Mondial a décidé de créer une nouvelle catégorie, distincte des monuments ou des centres urbains, celle des paysages culturels, fruits de l’interaction entre l’homme et la nature, et notamment, les paysages évolutifs et vivants, qu’ils soient ruraux, mixtes ou industriels.

Le concept de paysage culturel a egalement fait son chemin au sein du Conseil de l’Europe, pour aboutir, en Octobre 2000 à la signature, à Florence, de la convention européenne du paysage, qui, se plaçant dans une optique de développement durable,  reconnaît l’importance du paysage, exceptionnel ou non, pour la qualité de vie des populations, et qui introduit la nécessité de préserver le paysage « ordinaire », considérant que le paysage participe de manière importante à l’intérêt général, sur les plans culturel, écologique, environnemental et social, et qu’il constitue une ressource favorable à l’activité économique.

Enfin, en France, s’est développée un politique des Grands sites lancées par le Ministère en charge des paysages, en étroite liaison avec ICOMOS France, et qui visait à mettre en valeur les sites classés ruraux les plus fréquentés dans le cadre d’un plan de paysage,  à maîtriser l’accueil du public, à définir en liaison avec les élus un plan de gestion et d’aménagement de ces espaces, et instituer dans chaque site concerner une structure de gestion dédiée. Ainsi fut créé, en 2000, le Réseau des Grands Sites de France, regroupant les organismes gestionnaires en charge de la valorisation de ces territoires : actuellement au nombre de 40, ils accueillent 32 Millions de visiteurs chaque année. Plusieurs vignobles y sont inclus, dont le site fondateur de Pouilly- Solutré-Vergisson, Sainte Victoire, Paulilles, le Mont Ventoux…

C’est dans ce contexte que je situerai mon propos, plus particulièrement consacré aux vignobles du patrimoine mondial, le paysage étant reconnu, selon la formule de l’UNESCO, reprise par le Conseil de l Europe, comme l’œuvre conjuguée de l’homme et de la nature.

Rappelons, tout d’abord, que de tout temps, les agriculteurs ont façonné nos paysages, en s’adaptant au climat et aux spécificités de leur territoire, et en tirant partie des caractéristiques du sol, de l’hygrométrie, de l’orientation, en organisant leur habitat au plus près de leur lieu de travail, mais dans un souci d’économie des terres arables. Cela est particulièrement vrai pour la culture de la vigne, notamment dans notre vieille Europe, où, tout au long des siècles, à chaque terroir, on a peu à peu adapté les cépages les mieux appropriés, et où chaque vigneron a tenté d’extraire de sa vigne, le meilleur.

Les climats du Nord ne s’y prêtant pas, l’attachement des européens du Sud et de l’Est à la vigne, ainsi qu’aux paysages qu’elle a contribué à créer s’est traduit, dans de nombreux pays par une législation tentant de garantir à la fois la qualité du produit et de préserver les vignes contre l’urbanisation extensive, mais aussi contre la concurrence. De nombreux exemples de protection du terroir ou des cépages se sont succédés depuis les romains, qui avaient interdit la culture de la vigne dans la transalpines devant le succès de la Narbonnaise. Au XIIIème siècle, la République de Florence délimitait le terroir du Chianti, au Portugal, le marquis de Pombal organisa au XVIIIème la préservation du vignoble du Douro, la législation viticole suisse, née au XIVème siècle, a rendu inconstructible les différents terroirs viticoles. En France, ce furent la charte de Saint Emilion, à la fin du XIème siècle, les édits du Duc de Bourgogne, puis le développement de nombreuses organisations d’appellation au XIXème siècle qui aboutirent, en 1935 à la création des AOC, dont les principes ont été repris par l’Europe.

La production de masse liée à l’industrialisation et au développement des transports, puis la mondialisation des produits et du goût a quelque peu modifié les comportements des viticulteurs, laissant craindre une standardisation et une banalisation du vin. Mais aujourd’hui, de nombreux vignobles, non seulement résistent à ce que certains appellent la « parkerisation », du nom du célèbre avocat qui durant ces dernières décennies était devenu le pape mondial du vin, mais également se tournent vers le respect et le goût du terroir, à travers notamment une viticulture respectueuse de l’environnement, et retrouvent les saveurs de savoir-faire, voire de cépages oubliés…

Cette recherche d’excellence et de spécificité s’accompagne également d’une prise de conscience du rôle remarquable que joue le vignoble dans la qualité des paysages, et de l’impact de cette qualité sur l’image commerciale du produit.

Dans une société de plus en plus urbanisée, les habitants des villes redécouvrent les joies de la nature mais aussi celles d’un beau paysage ; dans les paysages de vignes, si changeants au cours des saisons, souvent situés sur des contreforts, mais jardinés, bien entretenus, le citoyen urbain tout en étant dépaysé, se sent malgré tout plus en sécurité que dans les grands espaces de désert, de montagne, de mer ou de forêts… Il peut, en outre,  y découvrir un mode de vie, les plaisirs de la table associés au produit, des cités, des villages ou une architecture de qualité, car l’autre avantage de la vigne, c’est que c’est une culture « peuplante », un monde vivant, habité et un monde de traditions. Le visiteur aura plaisir à déguster, de retour à son quotidien, une bouteille qu’il identifiera à un viticulteur (ou une viticultrice), à un terroir, à un paysage, à une émotion… qu’il revivra lorsqu’il l’ouvrira. C’est le moteur de l’œnotourisme, qui tend à se développer, notamment dans les biens inscrits au patrimoine mondial.

A la suite d’une réunion thématique d’experts qui eut lieu à Tokaj en 2001, l’UNESCO et ICOMOS international commanditèrent une étude thématique sur les paysages viticoles, coordonnée par Pierre-Marie Tricaud, portant sur un grand nombre de sites et d’exemples, analysant les différents types de paysages viticoles et modes culturaux, les défis et les enjeux,  cette étude se voulait aussi être un guide pratique de l'application des critères d'éligibilité au Patrimoine mondial. Cette étude,  parue en 2005 et accessible sur le site d’ICOMOS, est très intéressante sur le plan technique et documentaire, mais sans doute largement dépassée en ce qui concerne l’UNESCO, car la doctrine du Comité du patrimoine mondial a considérablement évolué depuis, compte tenu notamment de l’inflation du nombre de dossiers, et en particulier de la montée en puissance de la notion de paysage culturel, ainsi que du renouvellement de la composition du Comité qui s’ouvre largement sur les autres continents, avec des priorités et des approches très différentes.

De leur côté, le Ministère français de l’Agriculture, le Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable, l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO), ICOMOS France et I’Institut français de la Vigne et du Vin constituaient, en 2002, un Groupe national du paysage viticole, réunissant un certain nombre d’experts, universitaires ou praticiens, de représentant de la profession viticole, la Mission Val de Loire, auquel j’ai été étroitement associée.

En juillet 2003, était organisé par la Mission Pays de Loire, organisme gestionnaire du Bien inscrit au Patrimoine mondial, et Interloire, à Fontevraud, sous l’égide et en présence de représentants de l’UNESCO, un grand colloque international sur les « Paysages de vignes et de vins », au cours duquel la Charte Internationale de Fontevraud a été élaborée, et les organismes publics à l’origine du Groupe National Paysage viticole, en sont les principaux signataires. La mise en œuvre de cette charte, qui s’adresse à l’ensemble des territoires viticoles ayant adopté des règles de production intégrant une gouvernance qualitative et paysagère de leurs terroirs, est assurée par l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV),

 

En outre, était lancée l’idée d’organiser un réseau des gestionnaires des vignobles inscrits au patrimoine mondial, sur lequel je reviendrai à la fin de mon exposé.

Les grands vignobles ont toujours été très conscients de leur image de marque, c’est ce qui a poussé les bordelais à créer leurs châteaux ou les champenois leurs riches hôtels particuliers, et c’est sans doute aussi pourquoi, de nos jours, certains d’entre eux ont très tôt cherché à l’associer au patrimoine mondial.

Actuellement, 12 paysages culturels à caractère viticole sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial, soit qu’ils soient entièrement viticoles, soit qu’ils comprennent une part plus ou moins importante de vignes ; en outre trois nouveaux vignobles seront examiné par le Comité du Patrimoine Mondial cette année à Bonn, en Juin, ce sont les Climats de Bourgogne, les Coteaux, caves et Maisons de Champagne (le seul paysage culturel proposé au titre des paysages agro-industriels), les paysages culturels viticoles de la Rioja et de la Rioja Alavesa, ainsi qu’un paysage culturel comportant une part de vignes : la cathédrale de Namburg et le paysage des rivières de la Saale et de l’Unstrut ;   ils se trouvent tous en Europe.

 Par contre,  sur la liste indicative, c’est-à-dire la liste des propositions d’inscription des états pour le futur  figurent 6 autres vignobles,  dont deux non européens qui sont ceux du Cap (AdS) et de Calchaqui, en Argentine, les autres étant les vignobles de Primošten (Croatie), Itinéraire culturel des vins et vignobles à travers les villes méditerranéennes (Espagne), la partie Slovaque du Tokaj,  plus le Paysage culturel à composante viticole de Priorat-Montsant-Siurana (Espagne).

 

Mais revenons aux biens actuellement inscrits :

  • Le vignoble de Saint-Emilion, est le premier à avoir été inscrit, en 1999, pour son ancienneté, il remonte au 3ème siècle et le poete Auzone y possédait des vignes qu’il aimait contempler de sa fenêtre, pour sa continuité, la jurade fut créée au XIIème siècle par Jean sans peur et son périmètre n’a pas évolué depuis, et pour la beauté de son architecture et de ses paysages.
  •  Suivi en 2002 par le Haut Douro (Portugal), berceaux des fameux vins de Porto, avec son impressionnante vallée et ses vignes en terrasse,
  • et par le vignoble de Tokaj (Hongrie), également en 2002, avec sa typique architecture de caves à pignons au ras de la terre et ses beaux villages et son célèbre vin
  •  ce fut en 2004 l’île de Pico (Açores), avec son incroyable lacis de murets de basalte cerné par la mer et dominé par le volcan,
  • en 2007, le splendide paysage de Lavaux, en Suisse, avec ses terrasses à pic sur le Lac de Genève, entouré de montagnes enneigées, (curieusement le caractère esthétique n’est pas mentionné dans la VUE !) alors que c’est sans doute l’un des plus beaux spectacles qui soit !
  • D 26 - Enfin, dernier en date, inscrit en 2014, après avoir été différé, le Piémont, Langhe-Roero et Monferrato, correspond à un bien en série composé de cinq vignobles distincts, remontant aux étrusques,  parmi lesquels le Barolo, le Barbaresco et l’Asti,  et du château de Cavour, dont le nom est emblématique tant du développement du vignoble que de l’histoire de l’Italie.

 

Outre ces 6 vignobles proprement dits, 6 ont été classés pour la beauté de leurs paysages complexes, historiques et naturels, mais qui ont une composante viticole, ce sont :

  • Cinqueterre (Italie), le plus ancien de la liste, inscrit en 1997, et un des premiers paysages culturels : il fait partie d’un ensemble portant sur la côte ligure « Portovenere, Cinqueterre et les îles », il s’agit d’un paysage de terrasses vertigineux, plongeant dans la mer, où la culture du raisin se pratique en tunnel ne dépassant pas 80cm, et sous lesquels il faut ramper…
  • Le Val de Loire (France), inscrit en 2000 pour son fleuve majestueux, ses villes et villages historiques, ses châteaux et paysages de la Renaissance, avec ses coteaux plantés de vignes, aux magnifiques cépages, dont le sublime chenin…
  • Le superbe paysage culturel de la Wachau (Autriche), en 2000, dominant le Danube, avec ses villages historiques, ses vignobles en terrasse et ses arbres fruitiers et ses grands rieslings ou grüner vetliner
  •  
  • Celui de Förte Neusiedlersee, étalé autour d’un lac frontalier avec la Hongrie (2001), carrefour de civilisation remontant à 8000 ans, à la très intéressante architecture rurale et viticole, dont les caves rappellent celles du Tokaj
  • En 2002, la Vallée du haut Rhin moyen, en Allemagne, encaissée entre Koblentz, puis le rocher de la Lorelei jusqu’à à la ville de Hildegard de Bingen, avec les ruines de ses impressionnants châteaux en nids d’aigle, ses villes du Moyen âge, ses paysages romantiques, et ses vignobles escarpés, ses délicieux vins
  • En 2004, le Val d’Orcia, en Italie, paysage typique de la Renaissance italienne, avec ses collines plantées de blés ondoyants, de cyprès, et surtout, en ce qui nous concerne aujourd’hui, son célèbre vignoble de Montalcino.

 

On le voit, ce n’est pas nécessairement la réputation ou la rareté du vin qui justifie le classement, mais les caractéristiques du bien, la qualité de l’architecture et du paysage ou son caractère spécifique,  ce que nous appelons la Valeur Universelle Exceptionnelle : c’est cette VUE (Outstanding Universal Value, OUV in English) qu’il convient de préserver et autour de laquelle se construit le projet d’inscription, le plan de gestion et d’interprétation,  et qui doit servir de fil directeur au développement territorial. Néanmoins dans certains cas, le vin est cité comme l’un des importants « attributs » de ces paysages, comme à Saint Emilion, dans le Douro, à Tokaj… Et il a été demandé aux piémontais de mieux présenter l’adaptation d’un cépage authentique à son terroir…

 

En 2005, à l’initiative du Val de Loire, 7 de ces vignobles, parmi ceux qui étaient déjà inscrits décidèrent, de s’unir pour créer un réseau de gestionnaires, et se lancer dans un programme européen, intitulé VITour, pour tenter d’améliorer conjointement leurs techniques de gestion du Patrimoine mondial et d’accueil touristique. Ce programme d’une durée de 30 mois s’est achevé en 2007.          

 

Il réunissait la juridiction de Saint-Émilion, la Vallée du Douro et le Porto wines institute, l’association du Patrimoine mondial de Förte Neusiedlersee, la Région du Rheinland – Pfalz, le Parc National de Cinqueterre, l’Association du Patrimoine mondial de Tokaj, et la mission Val de Loire, en association avec le Comité interprofessionnel viticole « Interloire », ces derniers partenaires assurant la coordination du programme qui bénéficiait de crédits européens.

Ce projet,  a permis de lancer un certain nombres d’actions, dont un guide d’œnotourisme, et un projet de piste cyclable européenne permettant de visiter les vignobles, dont une bonne partie a été réalisée, notamment en Val de Loire (la Loire à vélo), et il a surtout donné envie de continuer à travailler ensemble.                                                                                

En 2007, un nouveau programme, plus ambitieux était lancé, qui s’est achevé en 2013 et qui réunissait 10 des 11 vignobles inscrits au Patrimoine mondial, Saint-Emilion, pour des raisons de plan de charge ayant renoncé à y participer. La coordination était, cette fois-ci assurée par l’Italie. J’ai eu la chance d’être désignée comme l’un des trois experts  internationaux chargés d’accompagner ce programme, qui s’est voulu être un échange d’expériences et de bonnes pratiques dans tous les domaines liés la gestion d’un bien inscrit au patrimoine mondial, sous l’angle de la gouvernance et du développement durable. (mise en valeur paysagère, environnementale, architecturale, économique, touristique. Y ont été également abordés les problèmes d’urbanismes, de transport, de risques, d’utilisation des nouveaux outils d’interprétation et de géo-positionnement).  Les partenaires se sont réunis régulièrement, dans chacun de sites, où était chaque fois traité l’un des thèmes, et où ils rencontraient des acteurs du territoire. Le regard international porté sur leur territoire a permis aux élus et aux populations de mesurer l’intérêt économique, politique et sociétal de leurs vignobles, quel que soit leur niveau de notoriété œnologique ou commerciale, et que la recherche de qualité tant du terroir, du produit que du territoire étaient le principal facteur de réussite.

 

Un site ouvert aux vignobles non inscrits a été mis en place, avec des transferts de bonnes pratiques entre vignobles, faisant l’objet d’un « award », et une exposition présentant tous les 11 sites a été organisée à l’occasion du Salone del gusto à Turin, une brochure présentant une réflexion de chacun des sites sur les différentes thématiques de leur travail en commun est parue (accessible en 3 langues sur le site de VITour.

Le programme étant achevé, nous nous sommes retrouvés à Alba, en Octobre dernier pour examiner les suites à lui donner, les partenaires étant bien décidés à poursuivre leur coopération. Nous avons renoncé à repostuler pour un programme européen, trop lourd et trop coûteux, mais décidé de constituer une association ouverte aux nouveaux vignobles inscrits. Et une réunion aujourd’hui même à Lavaux, pour jeter les bases de la future association, réunion à laquelle je ne peux malheureusement pas assister, n’ayant pas le don d’ubiquité.

 

Cette dynamique créée entre les acteurs de différents territoires, grâce à des échanges croisés,  au sein d’un d’excellence,  largement ouverts sur l’extérieur à travers internet, a permis de mobiliser et de sensibiliser aux paysages viticoles non seulement les autres vignobles, mais aussi les principaux intéressés, à commencer par les gestionnaires des biens inscrits eux-mêmes (et les experts), en les amenant à approfondir leurs connaissances, mais aussi les vignerons et les habitants des territoires concernés, et à faire comprendre tant aux élus qu’aux populations l’intérêt économique et sociétal de la vigne et du vin.

 

Aujourd’hui, les porteurs des nouvelles candidatures au Patrimoine mondial, en France, la Bourgogne et le Champagne, en Espagne la Rioja, l’ont bien compris, comme l’avait fait Lavaux avant eux, et se sont engagés, dès le démarrage de leur dossier, qui prend une dizaine d’année, dans cette sensibilisation et ce  dialogue constructif avec la population et les élus, gage de pérennisation des protections mises en place et d’une constante recherche de qualité.

Cependant, même si la mise en réseau s’avère très profitable, elle demande beaucoup d’énergie, et des moyens spécifiques pour l’animer. Heureusement la quête d’excellence ne se limite pas aux seuls biens inscrits au patrimoine mondial, ou aux signataires de la Charte ; l’existence de sites dédiés, et l’accélération des échanges par internet y contribue largement : la viticulture biologique s’améliore en qualité organoleptiques et la biodynamie gagnent du terrain, y compris, en France, parmi les vignerons les plus renommés de la Loire, de Bordeaux ou de Bourgogne. En outre, de plus en plus de vignobles se préoccupent de la défense et de la mise en valeur de leur paysage, du développement de l’oenotourisme, de l’amélioration de leurs pratiques environnementales et culturales, voire de la relance de cépages autochtones, et ont bien compris que c’est par une approche qualitative et globale, impliquant tous les acteurs, que l’on peut faire vivre ces territoires et renforcer leur attractivité.

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